2.1 - Lundi 26 mars 1962 à Alger : un assassinat collectif d'Etat - Le grand silence

IV - Date emblématique d'un massacre collectif de - Lundi 26 mars 1962 à Alger

1 - Le massacre du Plateau des Glières : C'est ce jour-là qu'une foule française a été mitraillée par ses propres soldats-

ALGER
Plateau des Glières
26  mars  1962
La tuerie dite de la rue d'Isly - Le grand silence 
Un assassinat collectif sur ordre du sommet de d'Etat

2 - Allocution radiodiffusée et télévisée - De Gaulle - Le grand silence - lundi 26 mars 1962

3 - Mais son ministre des Armées se réjouit : Messmer télégraphie "fournir urgence propositions témoignages satisfaction pour gradés s'étant distingués le 26 mars".

 

 

1 - Le massacre du Plateau des Glières : C'est ce jour-là qu'une foule française a été mitraillée par ses propres soldats-

ALGER
Plateau des Glières
26  mars  1962
La tuerie dite de la rue d'Isly - Le grand silence 
Un assassinat collectif sur ordre du sommet de d'Etat

 

C'est, ce jour-là, qu'une foule française a été mitraillée par ses propres soldats. Cela ne s'était plus produit depuis la Commune de Paris en 1870.

 

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Source photo : ADIMAD

 

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Le 23 mars, 4 jours après les soi-disant accords d'Evian, à la suite d’une agression contre les forces de l’ordre, celles-ci encerclent le quartier de Bâb el Oued, soupçonné d'abriter des activistes OAS, l'isolent totalement de l'extérieur, en font un ghetto, mitraillent les façades, les terrasses et les balcons des immeubles, fouillent sans ménagement les habitations, détruisent tout sur leur passage, voitures, vitrines, portes cochères ... violentent les habitants, s'attaquent à des civils sans défense ... raflent les hommes de 18 à 70 ans pour des camps d'internement. Tous les morts, y compris les enfants, sont à eux.

Le 26 mars, tout le petit peuple d'Alger, chef lieu d'un département français, d'une province française, l'Algérie, se rend vers Bâb el Oued en une longue manifestation pacifique. Des hommes, des femmes, des enfants, des vieux messieurs avec leurs décorations se réunissent pour demander la levée de ce blocus inhumain. Là on est silencieux, là on chante la "Marseillaise" ou les "Africains". Là on séduit les militaires pour passer.  Là on est passé. Là c'est le corps à corps avec les militaires.

Mais le piège, un traquenard, est déjà en place : une véritable nasse.

La foule arrive sur le Plateau des Glières et s'engouffre rue d'Isly, seule voie rendue possible pour se rendre à Bâb el Oued. Tout autour, toutes les artères sont verrouillées. La nasse fonctionne. Elle se referme.

14 heures 50, les tirailleurs du 4ème RTA ouvrent le feu sur ordre, mitraillent les civils sans discontinuer, en rechargeant leurs armes. La radio, présente sur les lieux, enregistrera les appels vains et désespérés du lieutenant et de civils hurlant "halte au feu".

Les militaires, les gendarmes, « les rouges » les CRS occupent les carrefours, les toits, les terrasses, font des barrages. Partout toutes les armes sont approvisionnées et chargées, partout. Les tirailleurs avancent rafales après rafales, arrosent les gisants au P.M. et au F.M., chargeur après chargeur. Ils mitraillent les façades, les intérieurs des appartements aux volets clos, achèvent les mourants à l'intérieur des magasins, les poursuivent à l'intérieur des couloirs des immeubles. Et puis, ils tirent sur les médecins et les pompiers. Ils tirent sur les ambulances, déjà toutes prêtes, déjà là, à attendre les morts et les blessés. C'est une véritable chasse aux pieds noirs, une tuerie, un carnage, auquel se sont livrés les tirailleurs aux gestes obscènes, les gardes mobiles aux ricanements haineux et les CRS qui insultent et matraquent et balayent rue Charras, rue Richelieu, rue Clauzel : lisez les témoignages.

Dans les rues alentours, cette fusillade devient un signal. Une véritable chasse aux Français d'Algérie commence. Les CRS et les gardes mobiles s'acharnent, tirent sur leurs compatriotes sans défense ..... Sur ordre pour les uns… par vengeance pour les autres

La foule était dense. C'était un cortège de jeunes gens et de jeunes filles, d'enfants et de vieux messieurs aux médailles d'anciens combattants. Ils avaient des drapeaux, ils chantaient la Marseillaise et les Africains et ils s'effondrent, gisants ensanglantés.

Alors, les hélicoptères larguent des bombes lacrymogène de combat sur ceux qui ont échappé au massacre, qui s'enfuient vers les hauteurs d'Alger : Rue Michelet, l'Agha, Plateau Saulière, La Robertsau... Les hélicoptères bombardent aussi ceux qui s'enfuient de l'autre côté de la Grande Poste : Square Bresson, Quartier de l'Opéra... Provoquant nausées et vomissements, épilepsie, brûlant les voies respiratoires et le système digestif .... [2]

Et puis les ambulances et les Dodges des militaires ramassent les morts et les blessés et vont et viennent et déversent leurs cadavres à l'hôpital Mustapha, à la clinique Lavernhe, à la clinique Solal.

Nous ne connaissons pas tous les noms et le nombre de tous ceux assassinés au Plateau des Glières devant la Grande Poste et tout autour, rue d'Isly, boulevard Pasteur, rue Chanzy, rue Lelluch, boulevard Baudin et plus loin, Place de l'Opéra et aussi aux Facultés, et plus loin encore au Champs de Manœuvres et dans le haut du boulevard du Télémly, et encore, une heure après la fusillade.

Le bilan est terrible : entre 55 et 80 morts (dont des enfants rendus aux parents sur ordre de se taire) et des centaines de blessés dont certains ne survivront pas et d'autres souffrent encore des séquelles de leurs blessures. Une chape de plomb, 52 années de plomb, couvre toujours cette tragédie. C'est toujours le grand silence, une rupture de la continuité de la vie et de la mort, le deuil impossible. Les cadavres seront entassés, dénudés, lavés à grande eau à cause du sang, à la morgue de Mustapha puis enterrés à la hâte, sans sacrements, clandestinement, en faisant courir les familles dans les cimetières dispersés de la ville. Il y aura ceux qui n’avaient pas « d’identité » sur eux et qui seront enterrés de nuit, par convoi militaire, pendant le couvre-feu, au cimetière El Halia.

Une enquête judiciaire est tardivement ordonnée. L'enquête sera bâclée en quelques jours. Le compte-rendu d’enquête ne sera jamais rendu public. L’autorité militaire se refusera à toute audition du service d’ordre ainsi qu’à la communication du dispositif d’implantation des unités engagées. La commission rogatoire sera retournée au magistrat instructeur sans exécution.

En 1966, le juge d’instruction Charbonnier ne peut consulter les pages du journal de marche du 4ème R.T. détachées et transmises au Procureur général Jonquères qui instruisait ce dossier pour l’Armée.

En 1966 un jugement de non-lieu sera prononcé.

En 1980, un professeur d'histoire de l’École Militaire de Paris, venu consulter le journal de mars du 4ème R.T, s’aperçoit que toutes les pages précédant le 26 mars 1962 et celles des jours suivants avaient été arrachées. (Archives du Château de Vincennes)

A qui obéit l'Armée ?

Selon l'Article 5 de la Constitution, le Président de la République incarne l'aurorité de l'Etat, fait de lui le Chef des Armées.

 En 2008 une nouvelle loi verrouille les archives de la guerre d’Algérie.

Les années de plomb continuent.

Rendons leur hommage afin qu'ils ne sombrent jamais dans l'oubli que « leur mémoire ne soit pas au service de ceux qui font l’histoire mais au service de ceux qui la subisse ». [1]
C'est aussi pour eux qu'il est indécent de célébrer le 19 mars

[1]  : Albert CAMUS

[2] Ces bombes lacrymogènes ont été utilisées en Irlande, lors du bloody sunday, pour lequel le gouvernement anglais a présenté ses excuses et demandé pardon


ALGER - Le Plateau des Glières :  le traquenard,  l'embuscade, la préméditation, la nasse qui se referme. Un assassinat d’État  

 

Isly 11

Le plateau des Glières -
A gauche le boulevard Lafferrière qui descend jusqu’au boulevard Carnot vers la mer
En face départ de la rue d'Isly vers Bab el Oued -
A droite tout de suite après la Grande Poste commence le boulevard Bugeaud qui descend jusqu'au boulevard Carnot
Entre la rue d'Isly et le boulevard Bugeaud, le Crédit Foncier, juste en face

 

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L'arrêt des trolleybus -
En face le Crédit foncier -
A sa droite le boulevard Bugeaud -
A sa gauche départ de la rue d'Isly vers Bab el Oued (vers la Place Bugeaud, place Bresson, rue Bâb Azoun, Place du Gouvernement, rue Bâb el Oued)

 

Isly33

Le Plateau des Glières
A gauche le boulevard Laferrière qui descend au boulevard Carnot, vers la mer  en passant devant la Grande Poste
Juste en face départ de la rue d'Isly
A droite juste au tournant de la Grande Poste commence le boulevard Bugeaud parallèle à la rue Lelluch et descend jusqu’au boulevard Carnot vers Bab el Oued également

En poursuivant son chemin, par le boulevard Bugeaud ou bien par la rue d’Isly en face, on arrive à la Place Bresson, rue Bâb Azoun, Place du Gouvernement (ou place du Cheval) et Bâb el Oued.


 

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Le Plateau des Glières.
Le boulevard Laferrière monte par ce tournant -plateau des Glières -  (jusqu’aux Tagarins) et passe devant la Grande Poste -
En face le boulevard Bugeaud -
A gauche derrière les arbres la rue d'Isly

 

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Aboutissement de la rue Michelet qui vient des hauteurs d'Alger, complètement verrouillée à 14 heures par les militaires à l'aide des dispositifs d'usage (véhicules, barbelés ...)
Seule voie libre : le boulevard Laferrière qui arrive à la Grande Poste, la traversée du plateau devant les marches de la Grande Poste et la rue d'Isly (là où le trolley s'engage à gauche). Pas de barrage, quelques tirailleurs et leur lieutenant

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Au bas du Plateau des Glières, la baie d’Alger. Sublime.

 

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Timbre offert par Jean BRUA - 2014

 

Ci-dessous, un dessin réalisé par Robert Charles PUIG (avril 2008) avec la légende suivante:

Alger, la Grande Poste, le 26 mars 1962

Entre les colonnes rouges,
Comme une entrée des Enfers
Tout à coup plus rien ne bouge...

Au sol... des ombres en prière
Mêlées aux assassinés.
France ! Ce jour-là, qu'as-tu fait ?

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Source Vidéo : INA

 

...ils étaient des proies rêvées pour les agents provocateurs...
...brusquement des coups de feu partirent d'un toit...
...sans attendre d'ordre les harkis répliquèrent par un feu nourri...

Ces trois affirmations sont totalement fausses, il n'y a pas eu de provocateurs, les toits étaient occupés par les militaires, voyez les photos, et enfin, il ne s'agissait pas de harkis mais de tirailleurs de l'armée française (4ème R.T.).
Le nombre de morts et de blessés est encore à ce jour, incertain.
Simone GAUTIER

 

 

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