5.2 - Désarmés et livrés aux massacres - Décision du plus haut sommet de l'Etat

VII - Après le 19 mars 1962 le mensonge d'Evian - Le calvaire des Harkis, supplétifs

1 - Privés par les accords d'Evian de la nationalité française... par Michèle LAUMET

2 - HARKIS - Désarmement - Abandon - Massacre 

3 - Le massacre des Harkis était prévisible - Note de Jean-François PAYA

4 - Drame des Harkis en 1962 - Conférence du Général François MEYER - 7 mars 1999 - Paris

5 - Lâcheté et mensonges : tracts diffusés aux Harkis par le commandement en Algérie après le cessez-le-feu 

6 - L'infamie : les circulaires et les télégrammes de l’État 

7 - Les "harki", ces oubliés de l'Histoire par Joseph CASTANO le 25 septembre 2016

 

 

1 - Privés par les accords d'Evian de la nationalité française... par Michèle LAUMET

Loin d'oublier ces temps abominables, il faut les remettre fréquemment sous nos yeux. (Voltaire)

Privés par les accords d'Evian de la nationalité française [1], dépouillés de leurs armes, sans protection de l'Armée française qui a reçu l'ordre express de ne pas intervenir pour leur porter secours, isolés dans leur village au sein d'une population souvent hostile, les Harkis sont à la merci de l'ALN (Armée de Libération Nationale), dont les troupes qui étaient stationnées en Tunisie et au Maroc, entrent en Algérie, après l'intervention du cessez le feu du 19 mars 1962. En nombre et avec leurs armes.

Dans un premier temps, le nouveau pouvoir algérien alterne promesses d'amnistie et menaces. Puis les sévices, les assassinats, les enlèvements commencent, souvent du fait des "Marsiens", combattants de la 25ème heure qui veulent racheter leur passivité antérieure. Les Harkis sont arrêtés et abattus. En masse, lors des deux principales vagues de répression en été et en automne 1962. Quelquefois par unité entière, par village entier, par famille entière, les femmes et les enfants n'étant pas épargnés. Les massacres perpétrés sont d'une barbarie et d'une ampleur sans précédent.

L'HORREUR DES MASSACRES

Les supplices qui précèdent la mort sont d'une cruauté inouïe et peuvent durer plusieurs heures, quelquefois plusieurs jours : corps ébouillantés, dépecés, enterrés ou brûlés vifs, énucléations, membres découpés en lanières et salés, anciens combattants contraints d'avaler leurs médailles avant d'être brûlés vifs dans le drapeau français.

Selon des témoignages rapportés par Camille Brière [2] "certains harkis furent crucifiés sur des portes, les yeux crevés, le nez et les oreilles coupés, la langue arrachée, systématiquement émasculés ... D'autres furent dépecés vivants à la tenaille, leur chair palpitante jetée aux chiens. ... Quant aux familles, voici ce qui les attendaient : des vieillards et des infirmes étaient égorgés, des femmes violées puis éventrées, des nourrissons, des jeunes enfants avaient la tête écrasée contre les murs sous les yeux de leur mère ..."

Dans un compte rendu destiné à sa hiérarchie , M. Robert, sous-préfet en poste à Akbou, arrondissement situé en Kabylie, dresse de façon précise et détaillée la chronique macabre des exactions- supplices, assassinats, enlèvements, viols collectifs, enfermement dans des camps -subis par les harkis et leurs familles dans sa circonscription après le cessez-le -feu du 19 mars 1962 jusqu'à fin décembre 1962. Il note parmi les victimes "la proportion non négligeable de civils qui est de l'ordre d'un tiers, constitué d'élus de tous rangs, de chefs de villages, d'anciens combattants ..." [3]. S'agissant d'un document officiel, établi par un haut fonctionnaire concernant des faits dont il a été amené à avoir connaissance dans l'exercice de ses fonctions, il ne peut être soupçonné d'exagération.

L'aspect cathartique des massacres est souligné par Mohand Hamoumou [4] : "la plupart furent humiliés et torturés publiquement, longuement avec un luxe de raffinement dans l'horreur. La mort était une délivrance, d'où la recherche de morts lentes pour faire durer l'expiation. Le supplice est destiné à rendre infâme celui qui en est la victime et à attester le triomphe de celui qui l'impose. Plus le doute est permis sur l'infamie de l'accusé plus le supplice doit être démesuré pour persuader l'assistance de la culpabilité de la victime".

D'autres sont faits prisonniers et enfermés dans des camps [5], dans lesquels la Croix Rouge recensera, en 1965, 13.500 personnes. Certains seront employés à des tâches dangereuses telles le déminage, à mains nues, avec une jambe coupée préventivement. D'autres enfin sont enlevés : ce sont ainsi des milliers de harkis et de pieds-noirs qui disparaissent dès après le cessez le feu du 19 mars 1962, puis au cours des deux principales vague de répression qui interviennent en été et en automne 1962 et de celles qui interviendront plus tard entre 1963 et 1966. sans que les autorités françaises pourtant souvent informées des lieux de leur détention ne s'en inquiètent et donnent même des ordres pour qu'aucun secours ne leur soit apporté [6] et pour que soit sanctionnés ceux des militaires, souvent anciens responsables de SAS, qui de leur propre initiative, achemineront leurs hommes et leurs familles vers la métropole et vers le salut [7]. Et pour que soient chassés des bateaux les harkis qui auront embarqué clandestinement et renvoyés en Algérie ceux qui seront parvenus à rejoindre clandestinement la France ... [8].

L'AMPLEUR DES MASSACRES / 150.000 VICTIMES

Les chiffres peuvent toujours donner lieu à controverse. Il est cependant possible d'avancer le nombre de 150.000 victimes, en s'appuyant sur différences estimations rappelés notamment par Abd El Aziz Meliani [9] et par Mohand Hamoumou [4] : celle du Service historique des armées qui, dans une note officielle, en 1974, estime à environ 150.000 le nombre des harkis disparus ou assassinés ; celle du chef du deuxième bureau à Alger qui retient également ce chiffre de 150.000; celle de M. Robert, sous-préfet d'Akbou, qui dans le compte rendu officiel où il relate les faits survenus dans son arrondissement après le cessez le feu, fait état de 3.000 victimes en moyenne par arrondissement, soit 150.000 environ pour les 72 arrondissements algériens [3]; celle de l'historien Guy Pervillé qui situe ce chiffre entre 30.000 et 150.000; celle d'Anne Heinis qui, dans un mémoire de 1977 sur l'insertion des Français-musulmans [10] situe également ce chiffre entre 30.000 et 150.000; celle enfin d'André Santini Secrétaire d'Etat aux Rapatriés en 1986-1988 qui, pour les harkis et les pieds-noirs massacrés ou disparus au moment de l'indépendance de l'Algérie, donne les chiffres de 150.000 et 10.000.


Dans un rapport officiel de mai 1962 le contrôleur général, monsieur de Saint Salvy a pu écrire : "les crimes de guerre commis en Algérie depuis le 19 mars 1962 sont sans précédent depuis la dernière guerre mondiale, dépassant tout ce qui avait pu être constaté en Asie ou en Afrique noire" [10]. De ces crimes de guerre, l'Etat français s'est rendu coupable de complicité par sa passivité volontaire, alors qu'il connaissait parfaitement la situation et qu'il disposait encore des moyens militaires suffisants en Algérie pour protéger et secourir ses ressortissants.

Michèle LAUMET

[1] - Les accords d'Evian
      Maurice Allais "L'Algérie d'Evian"
      Réédité par Jeune Pied-noir BP 4 91570 Bièvres

[2] - Camille Brière "Qui sont les Harkis ?"
       Edition de l'Atlanthrope

[3] - Compte rendu officiel du sous-préfet d'Akbou, notamment dans :
       "Les archives inédites de la politique algérienne 1958-1962"
      
Maurice Faivre - Editions l'Harmattan

[4] - Mohand Hamoumou : "Et ils sont devenus harkis"
      Editions Fayard

[5] - Témoignages concernant les camps de prisonniers et les enlèvements Abd El Aziz Meliani :
      "La France honteuse. Le drame des harkis"
       Editions Perrin

[6] - Circulaire de Louis Joxe notamment dans :
      "Les archives inédites de la politique algérienne 1958-1962"
       Maurice Faivre - Editions L'Harmattan

[7] - Directive du colonel Buis notamment dans :
      "Les archives inédites de la politique algérienne" 1958-1962"
      
Maurice Faivre - Editions L'Harmattan

[8] - Voir document joint : "La responsabilité de l'Etat français"

[9] - Abd El Aziz Meliani : "La France honteuse. Le drame des harkis"
     
Editions Perrin

[10] - Anne Heinis : "L'insertion des français-musulmans"
       Montpellier III thèse de troisième cycle 1977

[11] - Rapport officiel de mai 1962 du contrôleur général Monsieur de Saint-Salvy
        Abd El Aziz Meliani : "La France honteuse. Le drame des harkis"
        Editions Perrin

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