7.11 - GIACOBBI Claude : un asiatique photographiait les visages

VI - Les témoignages - Grande Poste les manifestants

Ce 26 mars, au matin, j’ai été contacté par une personne que je ne connaissais pas et qui m’a demandé, si avec quatre de mes amis, nous pouvions nous trouver vers 13 heures, au début de la rue d’Isly pour conseiller à tous les manifestants de ne pas participer au rassemblement s’ils étaient porteurs d’une arme. Cette manifestation devait être pacifique comme l’indiquait le tract qu’il me montra.

Tout en effectuant notre mission au centre de la place de la Grande Poste, nous avons été peu à peu entraînés jusqu’à l’entrée de la rue d’Isly, tout contre les soldats - manifestement tous d’origine musulmane. Ils laissaient passer la foule par petits groupes. C’est alors que nous avons remarqué, près de nous, un asiatique de petite taille et trapu, qui photographiait les visages des participants. Avec mes amis nous l’avons encerclé, nous avons pris son appareil pour en extraire et exposer la pellicule, puis nous avons saisi dans sa sacoche toutes les autres pellicules pour les détruire de la même façon.

C’est juste à ce moment-là, que les coups de feu ont éclaté. Je tournais le dos aux soldats, mais pour avoir fait les campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne, je sais distinguer le crépitement d’une mitraillette et celui d’un fusil mitrailleur. Bien que de dos au tir, j’ai tout de suite réalisé que c’était un F.M. qui tirait sur la foule. Profitant de la confusion générale, l’asiatique avait disparu avec son appareil. Le soldat musulman, qui tirait dans la foule, crispé su son F.M., l’arme à la hanche, était placé devant l’agence Havas. En trois enjambées, je trouvais refuge dans le renfoncement de la porte gauche du Crédit Foncier et me recroquevillais sur la deuxième marche. De là, j’ai assisté, impuissant, au massacre.

Les soldats tiraient sur cette foule désarmée, affolée – le plus acharné était celui qui tenait le F.M. J’ai vu le docteur MASSONAT se relever pour aider un blessé qui était couché devant lui. J’ai vu le F.M. qui venait d’être réapprovisionné par son pourvoyeur, reprendre son tir et abattre le docteur. J’ai de suite pensé que le docteur avait été trompé par l’arrêt des rafales de ce F.M. et par ce silence soudain. A-t-il pensé que c’était fini ? Tournant le dos aux soldats, il ne pouvait réaliser que cet arrêt ne durerait que le temps d’un réapprovisionnement de cette arme.

Comme je criais avec d’autres personnes, "Halte au feu !, nous ne sommes pas armés ", le fusil mitrailleur a été pointé dans ma direction, il me manqua de très peu. Par contre, les trois personnes qui étaient tout à côté de moi, accroupis contre la façade, ont été touchées et tuées. L’une d’elles, a reçu une balle en pleine tête. J’ai vu son crâne exploser, sa cervelle a été projetée contre le mur, il s’est affaissé lentement, recouvert de sang. Sur la photo, tirée d’une revue et prise dès la fin de la fusillade, on voit son corps couché et sur la seconde, que j’ai prise le lendemain, les traces de sang et de balles, sont bien visibles. Après la fusillade, les soldats qui étaient postés à l’entrée de la rue d’Isly, (ceux qui nous avait tiré dessus), se sont retirés rapidement. Près d’eux, j’ai vu mon ami OLLIER, tomber. Il y était encore, allongé avec d’autres corps. Je me précipitais. Il n’avait pas été touché. Pour échapper aux balles, il s’était couché à terre, aux pieds des soldats, en entraînant avec lui une jeune femme pour la protéger de son corps.

Ensemble, nous avons longé la façade du Crédit Foncier pour aller vers la rampe Bugeaud où se trouvait un cordon de jeunes soldats français du contingent. Nous les avons interrogés. Ils pensaient qu’on avait tiré sur eux de la façade de l’Hôtel des Postes. A ma demande, ils ne purent me montrer le moindre impact de balle, la moindre trace. Force fut de reconnaître que cela ne pouvait être que l’écho du tir du F.M. qu’ils avaient entendu. Le sergent qui les commandait fut de notre avis, car aucun militaire n’avait été touché et il m’assura qu’eux-mêmes n’avaient pas tiré.

Claude Giacobbi - 7 rue Milton - 06400 Cannes.

Ci-dessous les trois zones de tirs
Position de l'armée au moment du tir


1 Première zone de tir - Barrage rue d'Isly - 22 personnes - Lieutenant Ouchène

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2 - Barrage Pasteur 22 personnes
Le deuxième barrage Isly est commandé par le lieutenant Brossolet

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Plans Francine DESSAIGNE


La croix rouge sur le plan ci-dessous indique la position de Claude Giacobbi lors du commencement du tir. Il courre et longe la façade du Crédit Foncier pour aller vers la rampe Bugeaud, ou se trouvait un cordon de jeunes soldats du contingent.

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Crédit Foncier
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Un morceau de mur a éclaté sous l’impact des balles.
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L'assassin a signé.
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